Aménophis III : Le Pharaon Soleil et l'Aube de l'Amarna
Bien qu'Aménophis III n'ait pas vécu la révolution amarnienne, son portrait est essentiel pour comprendre la genèse de cette période. Par sa gouvernance axée sur la diplomatie de l'or, son mécénat artistique sans précédent et l'amorce d'une solarisation du dogme royal, il a exercé une influence déterminante sur son fils, le futur Akhenaton. Cette influence fut perpétuée après sa mort par la reine Tiyi, conseillère politique hors pair et gardienne des rouages de l'État.
I. Une Jeunesse sous le Signe de l'Instruction
Fils de Thoutmôsis IV et de la reine Moutemouia, il accède au trône à l'âge de 10 ou 12 ans. Formé dans le harem royal de Médinet Gourob, à l'entrée du Fayoum, Aménophis III reçoit une éducation d'élite : maîtrise de l'écriture cunéiforme (indispensable à la diplomatie internationale), lecture et mathématiques.
Désigné héritier à 8 ans après le décès prématuré de son frère aîné Amenemhat, il accompagne son père lors de quelques expéditions. À son avènement, il hérite d'un empire à son apogée, s'étendant de la 4e cataracte du Nil au Soudan jusqu'aux rives de l'Euphrate. Durant ses 38 ans de règne, il se révélera être un pharaon "débonnaire", privilégiant la stabilité à la conquête.
II. Un Règne de Splendeur et de Diplomatie
Le règne d'Aménophis III est considéré comme l'âge d'or de la XVIIIe dynastie. L'art égyptien y déploie une richesse et une finesse inégalées, comme en témoignent les quelque 250 statues à son effigie retrouvées à ce jour.
La Diplomatie de l'Or
Surnommé le "Pharaon Soleil", il assoit la puissance de l'Égypte non par les armes, mais par sa richesse colossale. Les Lettres d'Amarna révèlent les échanges intenses avec les souverains d'Assyrie, de Babylone, du Mitanni et du Hatti. L'or égyptien est alors le moteur de la géopolitique régionale.
Mariages diplomatiques : Il intègre de nombreuses princesses étrangères à son harem (qui comptera jusqu'à 1 000 femmes).
Prestige dynastique : Fidèle à une règle immuable, il refuse systématiquement d'envoyer ses propres filles en mariage à l'étranger : « Depuis l'antiquité, aucune fille de roi d'Égypte n'a été donnée à personne ». Ce refus marquait la supériorité absolue de l'Égypte : on s'offrait à Pharaon, mais Pharaon ne se donnait pas.
Vie de Cour et Jubilés
Pharaon célèbre trois fêtes-Sed (jubilés de régénération) en l'an 30, 34 et 37 de son règne. Ces festivités se déroulent dans son immense palais de Malkata, sur la rive occidentale de Thèbes, un complexe nommé "Maison de Réjouissance".
III. Le Crépuscule d'un Empire
La fin de son règne est assombrie par une dégradation du contexte international. Une nouvelle puissance émerge en Anatolie : les Hittites, menés par le conquérant Souppilouliouma Ier. Malgré les appels désespérés de ses alliés Mitanniens de Syrie, Aménophis III choisit l'inertie, signant peut-être même un traité de non-agression avec les Hittites. Cette passivité laisse à son fils, Aménophis IV, un empire diplomatiquement fragilisé et des frontières contestées.
IV. Sépulture et Postérité Physique
Le Tombeau KV22
Aménophis III fut inhumé dans la vallée de l'Ouest (Wadi el-Gouroud), dans la tombe KV22. Ce vaste complexe funéraire comprenait des chambres annexes destinées à la reine Tiyi et à leur fille (et épouse royale) Satamon. Bien que vidé de ses trésors dès l'Antiquité, le tombeau conservait encore quelques oushebtis et fragments de mobilier. Sa momie, quant à elle, fut mise à l'abri des pilleurs dans la "cachette" de la tombe d'Aménophis II (KV35) en 1898.
État de la Momie
L'examen de sa dépouille révèle un homme décédé vers l'âge de 50 ans, marqué par les épreuves physiques. Le pharaon souffrait de graves abcès dentaires chroniques, d'arthrite et des pathologies courantes liées au climat égyptien. Malgré cette fin de vie physiquement douloureuse, il laissa derrière lui l'image d'un monarque dont la magnificence ne fut jamais égalée.

La momie d'Amenotep III atteste d'un état de la dentition extrêmement précaire avec des abcès qui ont percés la mâchoires inférieur et supérieur entrainant une infection généralisée, cette pathologie étant assez courant chez les égyptiens, étant dû à la forte concentration de silice dans le pain.
